Récit d’une aventure

Il est difficile de ne pas avoir en tête des images du Mékong quand nous pensons au Laos. Un peu comme l’harmonie que nous retrouvons dans la culture de ces peuples où nous avons toujours des références de sagesse et d’équilibre. Long fleuve d’apparence tranquille, le Mékong est lié au Laos de par sa géographie et son histoire. Arrivés à Vientiane, la capitale, le spectacle est saisissant et tellement nouveau. Au cours des douze dernières années passées en Europe, en Afrique, en Océanie, en Mélanésie, en Amérique du Sud et aux Antilles, notre travail nous a amenés à découvrir des cultures diversifiées et ces expériences nous ont renvoyés à la nature même des voyages : l’ouverture à la différence. Notre approche, visant à favoriser un mieux-être personnel et sexuel, amène donc continuellement des mécanismes d’adaptation de notre part, notamment par l’intégration d’outils appropriés pour lutter contre les problématiques spécifiques devant lesquelles nous sommes sensibilisés à proposer des alternatives.

Ici, à Vientiane, le travail ne sera pas différent dans ces objectifs mais des odeurs de nouveauté sont présentes. Les idées prennent donc sens en nous mais un regard personnel favorise nos propres repères. Peuples de différentes origines, nous comprenons mieux le problème qu’a représenté la formation d’un état unitaire. Les mythes fondateurs du peuple laotien, avec ses nombreuses variantes, sont significatifs de sa diversité ethnique. Une des légendes; deux sortes d’hommes, les uns de teint sombre, ancêtres des Khas, les autres de teint clair, ancêtres des Thais, seraient nés de calebasses sorties des narines d’un buffle. Ces premiers symboles illustrent bien encore aujourd’hui les représentations en images que constitue cette société. Un sentiment vivace conduit le peuple du Laos à revendiquer l’appellation «LAO» de préférence à «Laotien» pour en nommer ses habitants.

La culture et les valeurs qui concernent la sexualité au Laos sont très intéressantes. Peuple de peu de mots, le langage non-verbal prend une dimension importante. Avec des facilités naturelles pour l’expression corporelle et le monde irrationnel, la sexualité est à la fois chargée de tabous, mais ouverte. La curiosité, le désir de comprendre, d’approfondir, d’aider existe de façon significative et ouvre aux changements que nous souhaitons favoriser.

Peuple chaleureux et généreux, en harmonie avec les moines bouddhistes où tout Lao pieux en quête de mérites indispensables pour atteindre l’état « d’éveil », participe de diverses façons et vit dans le respect et l’acceptation de l’autre, il est facile dans ce contexte de penser que les valeurs liées au bien-être des enfants seraient importantes. Dans cette perspective, la réalité est plus complexe. Vrai que la quantité d’enfants disponibles pour répondre aux besoins des adultes interpelle. Comment est-ce que tout cela devient possible? La réponse en fait est compliquée. Il y a ainsi des enfants qui sont trouvés par des intermédiaires dans des villages loin des villes qui justement, sous des promesses de richesses et d’une vie meilleure, sont vendus dans des lieux où ils débuteront dans la prostitution. Il arrive aussi que d’autres enfants soient vendus par leurs parents ou à l’inverse, que des enfants souhaitent aider leurs parents à sortir de situation de pauvreté évidente.

Toutes ces situations complexes et douloureuses portent à confusion si nous les regardons sous l’angle : Pourquoi y a-t-il des enfants qui se prostituent? La solution se trouve plutôt à l’inverse :Pourquoi y a-t-il des adultes qui sont sexuellement attirés par des enfants? S’il est vrai que les adultes sont passionnés pour la jeunesse et que les hommes portent naturellement de l’amour aux enfants, les leurs et ceux des autres, il existe des réalités que nous nommons évidentes; des lois naturelles pour l’espèce humaine. Les êtres humains ont des désirs et des besoins sexuels qu’ils portent en eux pour toujours. Dans leurs sentiments, ils ont une mémoire profonde où les représentations du monde de l’enfance existent à jamais. Ainsi, les adultes aiment les enfants.

Réunissant leurs désirs et besoins sexuels à leur amour des enfants, il existe des personnes qui sexualisent leur amour des enfants. Les conséquences pour les victimes sont tragiques et longues à soigner. Bien qu’en nous engageant à vouloir protéger les enfants, nous nous sentions rassurés dans nos implications, nous nous éloignons en revanche de d’autres responsabilités qui consistent à comprendre ces phénomènes concernant les hommes violents auxquels nous devons apporter des soins. Notre besoin de châtier, de persécuter, d’exprimer notre colère nous renvoie invariablement à la nature troublée, conflictuelle et vulnérable de la nature humaine; nous ne pourrons jamais rien comprendre si nous avons peur de regarder ce qu’ils ont fait et ce que nous devons faire pour trouver une solution durable.

Au final, il y a des adultes qui exploitent et maltraitent des enfants. Le phénomène complexe nous oblige à chercher des solutions à tous les niveaux. En vérité, il reste beaucoup à faire. Le Laos est à la fois au coeur du problème et des solutions. Il représente l’espoir d’un monde de l’enfance ouvert aux changements. La réalité de l’exploitation sexuelle des enfants évolue et se modifie avec les phénomènes liés à la pornographie sur Internet et surtout au tourisme sexuel. S’il y a des hommes qui s’intéressent d’une façon inadéquate aux enfants, il y a sur cette base maintenant des hommes qui voyagent à cette fin, créant ainsi une nouvelle forme de tourisme auprès de laquelle il faut réagir. Ce que nous avons vu au Laos ne représente qu’un exemple; le phénomène du tourisme sexuel s’étend dans de nombreux pays. C’est en ce sens que l’Institut a décidé de s’investir et d’agir.